Suivi de la campagne Earthdawn des Lions de Pierre, 5ème saison et de leurs avatars à Metal adventures.
 
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 Chapitre 63 - En route vers le Bois de Sang

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Valérian
Éclaireur humain et questeur d'Astendar
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MessageSujet: Chapitre 63 - En route vers le Bois de Sang   Mar 25 Sep - 21:27

Chapitre 63 – En route vers le Bois de Sang


 
Nous étions de retour à l’auberge des Trois Plumes. Nous avions réussi à récupérer la Rose Éternelle mais cela avait été juste. À quelques minutes près, les thérans mettaient la main dessus et obtenaient un avantage pour négocier avec la Reine Alachia. Et ce n’était pas la seule bonne nouvelle de la journée puisqu’Eliora était toujours là à notre retour.
Elle sembla soulagée de nous revoir mais montra immédiatement une certaine fébrilité. Selon elle, il fallait quitter cette auberge rapidement car c’est le premier endroit où les thérans chercheraient notre piste. Le temps pour elle de ramasser ses affaires et pour nous de faire le plein de provisions auprès de Craques-James et nous étions déjà prêts à repartir sur les routes de Barsaive.
 
Je m’étonnai auprès d’Eliora du fait qu’elle nous accompagne.
« Tu crois quoi, Valérian ? me répondit-elle avec un soupçon d’amertume. Je suis désormais une traîtresse pour les thérans. Qui a pu révéler qui avait volé la Rose sinon moi ? S’ils ne trouvent pas mon cadavre à l’auberge, ils en tireront les conclusions qui s’imposent. Quand je t’ai dit que j’ai tout donné pour te convaincre, je ne t’ai pas menti.
-… heu, désolé… et merci. Nous avons récupéré la Rose grâce à toi.
- Mouais… j’espère que les risques que je prends pour t’aider me vaudront plus qu’un simple merci, maugréa-t-elle en me jetant un étrange regard en coin.
Pensait-elle à la pierre étoilée ou à autre chose ? Je n’aurais su le dire mais je savais que ce n’était ni le moment ni l’endroit pour développer cette conversation.
 
Ghorghor et Dame Hautevoix ne sautèrent pas de joie à l’idée que la thérane nous accompagne.
Si l’armurier évita les commentaires par amitié – ou parce qu’il savait qu’ils seraient vains – la diplomate ne montra pas la même retenue.
« Sérieusement ?! Vous acceptez qu’elle vienne avec nous ? s’insurgea-t-elle. Je vous rappelle que c’est une mission diplomatique censée nous aider à nous défendre contre les thérans. Votre amie, là, c’est une thérane qui a cherché à faire capoter notre mission.
- Certes, elle a participé au vol de la Rose mais c’est surtout grâce à elle que nous l’avons récupéré.
- Hm… admettons que ça suffise à lui laisser la vie sauve. Mais je ne vois aucune raison de la laisser nous accompagner. Vous tenez tant que cela qu’elle dispose d’autres opportunités de nous nuire ? insista la naine.
- Sauf que si elle ne vient pas avec nous, les thérans finiront pas la retrouver. Dans ce cas, elle devra leur dire ce qu’elle sait pour sauver sa vie. Donc, il vaut mieux qu’ils ne lui mettent pas la main dessus.
- Si elle en sait autant, c’est grâce à vous. Le plus simple est donc de s’en débarrasser définitivement !
- Il faudra me tuer d’abord, répliquai-je avec calme mais détermination.
Belisiel me considéra un instant, comme pour juger du sérieux de ma déclaration. À moins qu’elle ne calcula déjà ses chances dans un affrontement.
- Je me demande pourquoi je tolère votre attitude. Ce qu’on m’a dit de vous à Throal ne correspond guère à ce que je vois depuis que je vous fréquente. Vous n’avez aucun sens des priorités et de la loyauté. Sans parler du reste.
- Vos priorités ne sont pas mes priorités. Ensuite, pour ce qui est de la loyauté, le seul traître ici est Eliora pour le moment. Pour tout le reste, il faudra vous faire une raison parce que je suis le seul éclaireur dans le coin. Et accessoirement, je vous rappelle que je suis aussi celui qui a ramené la Rose Éternelle du kaer Argovesia.
- Vous n’étiez pas seul à ce que je sais…
- Non, mais je suis le seul encore en vie. Les deux autres étaient Jeb et Tregaz.
Je ne jugeai pas utile de rajouter Miraëlan dans la liste. Une thérane de plus dans mes relations intimes n’aurait guère ajouté à mon crédit déjà largement écorné.
- Hum… il semblerait donc que l’adage qui veut que ce soient les meilleurs qui partent les premiers soit vrai, conclu la diplomate avec aigreur avant de me tourner le dos pour partir récupérer le reste de ses affaires.
Je n’aurais pas pu lui donner tort là-dessus.
 
Quelques instants plus tard, nous partions pour un rendez-vous. Notre cachotière de diplomate venait de nous informer que nous avions rendez-vous avec une autre personne pas très loin. Celle-ci était une elfe et elle nous servirait d’interprète dans le Bois de Sang.
Bientôt, nous arrivâmes à proximité d’un bosquet qui dissimulait des ruines au milieu desquelles se tenait notre traductrice, assise en tailleur. Le premier mot qui me vint à l’esprit lorsque je la vis fut sérénité. Elle était encore jeune, mais moins qu’Eliora. Ses habits étaient fonctionnels et arboraient des couleurs naturelles, avec une dominante de vert. Un chapeau de paille tressée complétait sa tenue. Une martre se déplaçait sur ses épaules, visiblement alarmée par notre présence. L’elfe était plutôt jolie mais ne faisait visiblement rien pour se mettre en valeur. Le contraste avec Eliora était assez saisissant. Une elfe des bois, naturelle et apaisée, d’un côté. De l’autre, une elfe urbaine, sophistiquée et nerveuse. Belisiel et elle semblaient bien se connaître puisque la naine alla l’étreindre brièvement. Elle se présenta ensuite à nous sous le nom de Pelenas. Nous nous présentâmes à notre tour,  pendant qu’elle nous regardait attentivement. Elle considéra les habits d’Eliora et les miens avec un léger amusement mais faire de commentaires. Elle ramassa quelques affaires et un long bâton de marche puis nous emboîta le pas.
 
À ma surprise, Pelenas avoua connaître assez mal la route vers le Bois de Sang. Il me faudrait donc reprendre mon rôle d’éclaireur sur un trajet qui devrait durer une dizaine de jours. Eliora ne fut guère enthousiaste à l’idée de me voir marcher seul, une centaine de mètres devant eux. Elle demanda à m’accompagner en tête mais je dus refuser car sa présence à mes côtés m’aurait ôté toute vigilance et m’aurait changé en un piètre éclaireur. Je comprenais son dépit car elle n’avait guère d’affinité avec les autres membres de groupe. Ghorghor et Belisiel se méfiaient d’elle. Quant à Pelenas, il semblait évident que les deux elfes avaient peu de centres d’intérêt en commun. Et je doutais qu’elle parle la langue des martres.    
 
Pendant les quelques heures qui nous restaient à marcher avant de nous arrêter pour la nuit, nous aperçûmes plusieurs fois la vedette thérane au loin. Celle-ci nous cherchait certainement et elle savait où nous allions puisque le groupe d’Eliora était au courant, mais le secteur était vaste et notre détour pour récupérer Pelenas nous évita une route trop directe et prévisible.
Le premier soir, je trouvai un coin avec un promontoire rocheux pour abri qui nous permis de faire tout de même un petit feu sans trop de risques. Je me ressentais encore de mes blessures de la veille mais c’était surtout Ghorghor qui était en mauvais état. Je lui prodiguai quelques soins tout en discutant avec Pelenas.
« Dites-moi Pelenas, puisque nous devons passer quelque temps ensemble, disposez-vous de talents qui nous seraient utiles dans cette équipée ?
- J’adore faire de la vannerie. Je suis assez douée là-dedans, ajouta-t-elle avec un petit sourire de fierté.
- De la vannerie ?!
- Oui, de la vannerie, répéta-t-elle tout en gratouillant le cou de sa martre lovée contre elle et qui semblait aux anges.
Ghorghor se retint de pouffer, Eliora leva les yeux au ciel et dame Belisiel resta imperturbable.
- Heu… autre chose peut-être… un peu plus… hum… pratique, repris-je.
- Je connais bien les forêts. J’ai visité la plupart d’entre elle. J’aime beaucoup les forêts, je m’y sens toujours bien, continua-t-elle avec un certain enthousiasme.
- D’accord, ça peut aider pour le côté « survie dans les zones hostiles ». Autre chose peut-être ? insistai-je sans trop y croire.
- Voyons voir… je fais aussi de la magie élémentaire, poursuivit-elle sur un ton léger.
- Vous êtes une adepte élémentariste ?!
- Oui.
- Ça, c’est très utile ! m’exclamai-je
- Parce que vous connaissez la magie, vous ? s’étonna Belisiel en mettant un fort accent de doute dans sa répartie.
- Tout à fait. J’ai côtoyé un ami élémentariste pendant plusieurs années. Donc, oui, je connais assez bien, répondis-je sur un ton plus ferme. »
Cela mit fin à la discussion. Pelenas prouva rapidement ses déclarations en tissant quelques sortilèges qui améliorèrent indéniablement nos conditions de repos.
 
La nuit fut calme et Ghorghor avait déjà meilleure mine le lendemain. Pour ma part, mes blessures n’étaient plus qu’un souvenir.
Après quelques heures, je repérai un vol circulaire et stationnaire de corbeaux. Ça, ce n’était jamais bon signe. J’attendis le reste du groupe pour avoir leur avis. Une fois qu’ils m’eurent rejoins, Pelenas estima qu’il devait y avoir plusieurs morts pour attirer autant de volatiles. La majorité estima qu’il fallait savoir ce qui avait pu provoquer ces décès, histoire de savoir de quoi il fallait se méfier dans la région. Je me rendis donc prudemment sur place.
Quelques instants plus tard, je fis signe au groupe qui me rejoignit. Tous purent voir le massacre : une douzaine d’écorcheurs orks et presque autant de chevaux qui semblaient avoir été méthodiquement éliminés. J’examinai les traces laissées par les agresseurs et j’en déduisis que cela était dû à un groupe bien discipliné. Selon Eliora, il s’agissait certainement de thérans débarqués par la vedette. Dame Hautevoix partagea cet avis avec une légère réticence. Eliora reprit la parole.
« Je pense que nous sommes entrés sur le territoire d’un esclavagiste. Celui-ci revend ses prises aux thérans.
Elle se tourna ensuite vers moi et son regard se fit insistant, presque suppliant.
- Il est important que je ne tombe pas vivante entre ses mains. Je suis désormais une traîtresse pour les thérans et s’il me revend à eux…
Elle n’eut pas besoin de terminer sa phrase pour que tout le monde comprenne.
- Nous nous arrangerons pour que cela n’arrive pas, Eliora, déclarai-je sur un ton que je voulais rassurant.
Le regard que Belisiel porta sur Eliora sembla tout à coup moins méfiant.
 
Le reste de la journée se déroula sans incident particulier. Nous n’aperçûmes ni vedette thérane, ni convoi d’esclavagistes. En soirée, je trouvai un coin assez adapté pour se reposer. Pendant que Belisiel préparait le repas et que Pelenas changeait les bandages de Ghorghor, je pris Eliora par le bras afin de l’emmener un peu à part. Tout d’abord étonnée, elle me suivi sans question mais avec une curiosité évidente.
« Eliora, j’aimerais te confier quelque chose. Est-ce que je peux ? lui demandai-je avec douceur.
- Je suppose que oui. De quoi s’agit-il ?
Sans un mot, je lui pris la main et déposai dessus la pierre étoilée du luth. Je l’avais délicatement retiré la nuit précédente, lors de mon tour de garde
La joie enfantine qui apparut sur son visage valait toutes les récompenses du monde. Encore incrédule, elle me regarda avec une profonde émotion.
- Ça y est ? J’ai fini par mériter la confiance du vaillant Valérian ?
- Quelque chose comme ça. Je ne l’aurais jamais confiée à une mercenaire thérane, quel que soit les promesses ou pactes. En revanche, je pense que je peux le faire avec une amie… ou une future amie, ajoutai-je avec emphase.
- … une amie ?! répéta-t-elle lentement.
Une certaine déception apparut sur ses traits délicats mais la joie revint dès qu’elle regarda à nouveau la pierre.
- Cette pierre est magique et elle est liée à ton père. Pendant que nous serons dans le Bois de Sang, pourrais-tu utiliser tes talents pour essayer d’en apprendre plus sur elle ?
- D’accord, je verrai ce que je peux faire », répondit-elle distraitement sans pouvoir s’arracher à la fascination de l’artefact entre ses mains. 
Je la laissai seule et retournai au camp. C’était un risque calculé de ma part. La pierre ne nous était d’aucune utilité pour le moment mais elle pouvait renforcer la loyauté d’Eliora. J’espérai simplement que je n’aurai pas à regretter cette marque de confiance.
 
Le lendemain, nous reprîmes la route, toujours résolument en direction de l’ouest. En fin de matinée, je notai que le vent se renforçait et cela ne fit que s’aggraver au fil de la journée, au point de compliquer ma tâche d’éclaireur et la progression du groupe. Une bourrasque semblait à craindre.
Pelenas me rattrapa et m’indiqua qu’il fallait rapidement trouver un abri digne de ce nom. Je m’y employai de mon mieux et nous finîmes par trouver refuge dans une fissure à flanc de colline, celle-ci s’élargissait rapidement pour donner sur une petite caverne où nous trouvâmes refuge. Nous eûmes même la surprise d’y trouver un petit fagot de bois sec qui nous permit de passer la nuit au chaud. Selon Pelenas, un élémentaire d’air de belle taille se déplaçait dans les environs et il valait mieux attendre qu’il soit passé avant de reprendre notre voyage.
 
Le jour suivant, qui était le quatrième de notre périple, il n’y eut à signaler. Nous apercevions désormais une ligne sombre à l’horizon en direction de l’ouest. Notre objectif était en vue.
 
Notre cinquième journée de voyage nous mena à proximité d’un lac paisible cerné par une végétation vigoureuse. L’élémentariste et moi notâmes que la vie était abondante ici. Les animaux étaient nombreux dans les bois et le lac était très poissonneux. Nous remarquâmes une avancée de terre dans le lac qui nous réservait une surprise. Un énorme trône de pierre, faisant face au lac, avait été amené à cet endroit. Ses dimensions étaient telles que même un troll aurait paru petit dessus. Mue par une certaine curiosité, Pelenas s’y hissa et s’y assit. Elle se figea bientôt, ferma les yeux et la sérénité qui habitait régulièrement ses traits se teinta de joie. Elle nous expliqua, de sa voix claire et douce, que le siège amplifiait ses sens et sa perception de la nature environnante. Elle ressentait chaque vie autour et dans le lac. Interrogée sur ce qui pouvait se trouver en direction de l’ouest, elle remarqua deux troupeaux, donc un de stagians. Elle nota aussi la présence d’un convoi dont la trajectoire et la vitesse indiquaient qu’il risquait de croiser notre route.
 
Nous reprîmes la route peut après et, fort de l’avertissement de l’élémentaliste, je corrigeai le cap en bifurquant un peu vers le nord. Malheureusement, je me trompai dans mes repères et nous partîmes trop au nord. Progressivement, la végétation se fit plus éparse et rabougrie. En fin de journée, alors que je cherchai un endroit approprié pour établir un camp, je constatai que les cours d’eau étaient empoisonnés, que les quelques fruits qui poussaient étaient tous toxiques et que le gibier brillait par son absence. Bref, nous étions en plein dans une zone corrompue. J’en avisai le groupe mais cela ne sembla pas déranger outre mesure Pelenas : sa magie permettait de purifier liquides et aliments et de les rendre comestibles. Y’avait pas à dire, les voyages c’étaient plus faciles avec un bon élémentaliste !
 
Un peu plus tard, alors que la nuit tombait et que nous étions en train de répartir les tours de garde, notre attention fut attirée par une étrange lueur qui progressait dans notre direction. Bientôt, les elfes distinguèrent une créature reptilienne et nous en informèrent. Convaincu que seul un prédateur pouvait approcher ainsi d’un campement, je demandai à tout le monde de se mettre à l’abri et de se dissimuler de leur mieux. Eliora vint de mettre derrière moi mais je me replaçai pour l’avoir à mon côté plutôt que dans mon dos. Quand votre technique de combat se base sur l’esquive, mieux vaut éviter de placer derrière vous ceux que vous voulez protéger.
J’armai mon arbalète tout en surveillant l’approche de la créature. Celle-ci ressemblait effectivement à un lézard de grande taille mais son attitude confiante et la lueur émise par son regard me rendirent très méfiant à son encontre. Alors qu’il approchait avec plus de circonspection, à la recherche d’une proie, j’épaulai mon arme et visai le monstre.
Au moment choisi, je lâchai un trait meurtrier. Alerté par le claquement de l’arme et vif comme l’éclair, il regarda dans ma direction et son regard se posa sur moi au moment où le carreau lui traversait le crâne, le tuant sur le coup. Je n’avais croisé la lueur de son regard qu’une demi-seconde, mais cela suffit pour que j’aie l’impression que mes yeux éclataient. Je poussai un cri de douleur et tombai à la renverse. Un cri de désespoir poussé par Eliora fit écho au mien et elle appela frénétiquement les autres afin qu’ils viennent à mon secours.
J’étais sonné et nauséeux,  conscient mais incapable de la moindre réaction tant la douleur me paralysait. Pelenas vint m’examiner et rassurer Eliora quand à la blessure. Elle n’évoluait pas et ne semblait pas mortelle. En revanche, elle ne savait pas quelles seraient les séquelles ni si je verrais à nouveau. Je perçus la présence d’Eliora à mes côtés, ses sanglots étouffés à grand peine et ses mains qui s’accrochaient à mon bras.
Finalement, la douleur consentie à refluer lentement puis je vis bientôt la lumière revenir. J’étais encore très faible, mais les choses s’arrangèrent progressivement. J’eus droit aux attentions de Pelenas et d’Eliora pendant une bonne partie de la soirée. La première soulagea mon corps grâce à sa magie, la seconde apaisa mon moral par son soutien. Finalement, grâce à la magie, je sombrai dans un sommeil réparateur. La dernière chose dont j’eus conscience fut Eliora qui se coucha contre moi.   
 
Le lendemain matin me trouvai dans une forme relative. Au vif soulagement de tout le monde, ma vue était revenue et, me sembla-t-il, sans séquelles. Le choc métabolique que j’avais reçu guérirait avec le temps. Je remerciai tout le monde.
« La prochaine fois, tu ne prendras pas tout pour toi et tu en laisseras aux copains, me taquina Ghorghor.
- Promis, le prochain il sera pour toi, répondis-je sur le même ton. Pelenas, je te remercie pour tes bons soins, je me sens déjà bien mieux.
L’élémentaliste hocha simplement la tête pour accepter mes remerciements.
- Merci aussi à toi, Eliora, lui déclarai-je un peu plus bas. Merci pour ta présence, ajoutai-je en lui déposant un baiser sur la joue.
Elle ne répondit pas non plus mais rosit légèrement de contentement.     
Après un solide petit déjeuner, je fus suffisamment remis pour reprendre ma place d’éclaireur.
 
Ce sixième jour de voyage fut assez calme et cela tombait bien parce que j’avais eu mon content d’action pour un moment, même si cela avait été très bref. De plus, mes pensées étaient de plus en plus accaparées par Eliora. Si j’avais été sous son charme dès notre rencontre et qu’elle en avait joué, désormais les rôles semblaient inversés et c’était elle qui soupirait auprès de moi. Pour ma part, mes sentiments avaient changés de registre. Il ne s’agissait plus du tout d’une aventure d’un soir avec une jolie mercenaire de passage. Sa personnalité était nettement plus complexe et fragile que je ne le supposais. Plus attachante également. J’en venais à redouter le moment où nous devrions la laisser seule à l’entrée du Bois de Sang. Il pouvait arriver tellement de choses d’ici à notre retour. Si retour il y avait, bien évidemment.
Quelles pouvaient être nos relations ? J’avais une furieuse envie de mieux la connaître encore et de la protéger. Mais elle était bien partie pour rester durablement dans le groupe, d’autant plus qu’elle avait autant de raison que moi - sinon plus – de trouver Andelin. Développer une relation avec Eliora risquait de poser un problème lorsque je retrouverai Miraëlan. Deux magiciennes elfes, théranes et princesses potentielles, ça faisait quand même beaucoup pour un seul homme, même un questeur d’Astendra. Des mots d’Astendar me revinrent en mémoire « Aimes Miraëlan, Valérian, car tu n’en trouveras pas d’autres plus proches de tes rêves ». Mais elle m’avait aussi dit « T’ai-je demandé autre chose que de faire ce à quoi ton cœur aspirait ? ». Bref, j’étais bien avancé… J’hésitai encore sur la conduite à tenir avec le belle illusionniste lorsqu’une troisième phrase me revint à son tour : « c’est justement parce que c’est sensible et important qu’il faut en parler. » Je décidai donc de jouer cartes sur table avec l’elfe dès que possible. Je ne referai pas l’erreur commise avec Maloniel.
Malheureusement, la soirée ne me permit guère de m’isoler avec elle car je ne trouvai un abri pour la nuit que tardivement et avec difficulté.
 
Le lendemain, en milieu de journée, nous aperçûmes au loin la caravane décrite par Pelenas quelques jours plus tôt. Alors que nous discutions entre nous pour définir un nouvel itinéraire afin de l’éviter, nous perçûmes un bruit aérien qui nous fit nous retourner. Ce qui nous vîmes nous fit frissonner d’appréhension : la vedette thérane nous avait trouvé et elle nous fonçait dessus !
 
À suivre…
 
 
 
 
 
 
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